Le truc moche avec la guerre, c’est pas qu’on en meurt, c’est qu’on peut en vivre. J’connais des types, des vrais raclures quand j’y pense, qui vivent de la guerre. Sans la guerre, y’ sont plus rien, leurs existences n’a plus aucun fond’ment.

Faut être un enfoiré d’première pour s’élever dans le sang, la douleur et la mort, voire d’se réjouir d’la situation, ou pire encore, d’la provoquer. Z’imaginez déjà rien qu’le pauv’ bonhomme qui refourgue des munitions à prix d’or, c’qui doit avoir dans le ciboulot ? Alors z’imaginez celui qui donne les ordres, et celui qui les exécute ? Un mec comme ça, y’ doit avoir des morts sur la conscience, et pas qu’un seul. Si ça s’trouve, y’ prend même du plaisir à tuer, à prendre une vie qu’est même pas à lui.

A l’époque où qu’l'Humanité était encore le cancer de la Terre (elle doit remercier les homards tous les jours celle-là), on s’racontait des histoires pour s’faire flipper. Des créatures de la nuit qui v’naient sucer l’sang en croquant l’cou des jolies nanas, des vampires qu’on disait. Ces mecs dont j’vous parle, y sont pareils en fait. Ils prennent la vie des autres pour alimenter la leur. Des vampires, j’vous dis. C’est quoi l’emploi du temps d’un vampire d’aujourd’hui ?

Y’ s’lève à l’aube sur un coup d’clairon, si sa chambre n’a pas explosé dans la nuit. Voilà l’patron qui faut saluer, qui lui-même va saluer son patron, et ça remonte comme-ça jusqu’au super patron, l’équivalent du vampire originel en gros. Ensuite il astique son arme, il s’entraine, il traine dans la boue, jusqu’à c’qu’il soit assez fort pour traquer sa proie. Comme un vampire mange des rats avant d’arriver à s’faire un humain. Ensuite c’est la traque, l’adrénaline, le plaisir d’la chasse. Les réflexes sont là, l’entrain’ment porte ses fruits. La proie est à portée, elle est bien choisie. Isolée, affaiblie, elle est prête. Le chasseur frappe. Mission de destruction, d’assassinat, de reconnaissance…

V’savez pas quoi ? Cette enflure, en fait, c’est tout moi.

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Trois jours de perm’, hé, on n’a jamais vu ça depuis, hoarf, depuis jamais, si on considère qu’le premier jour de c’tte vie c’est celui où qu’on a quitté la Terre. Trois jours de perm’ rien qu’à moi. Classe, non ? Si vous aviez vu la tête du chef quand il a su ça. Bon, l’a jamais vraiment su, vu qu’sa tête et qu’son corps n’étaient plus ensemble, mais on peut imaginer. C’est l’chef au d’ssus du chef qu’il l’a fait, la tête, mais lui l’était pas l’genre à avoir l’sourire. Quoi qu’la tête du chef, celle qu’était plus avec le corps, non plus, faut bien dire. Trois jours de perm’ c’est la première grande nouvelle. La seconde est encore mieux : j’suis dispensé d’cours. Le sujet est beaucoup trop sensible, qu’ils ont dit. Le sujet c’est moi.

La sensibilité, c’est quand j’fais exploser tout le bâtiment et les gens dedans. Ho, je l’ai pas fait exprès, pour sûr qu’non ! Je regardais béât l’espace de non-espace de la balise spacio-temporelle, et puis soudain, paf ! Oué, c’est compliqué au début, mais on apprend vite sur le front (j’crois que c’est pour ça qu’on parlait de la bosse des maths quand j’étais petit, mais je ne l’avais pas encore compris). J’ai fait un truc avec des pièces d’une tourelle que j’devais monter plus tard. J’ai pas vraiment eu l’temps de tout bien voir, mais c’qu’est sûr, c’est qu’le champignon bleuté, façon bombe à fission, il était bien là. Et il commençait à prendre du poids. Avant qu’il dépasse la taille d’un ballon, j’ai pris le champignon à pleines mains, et je l’ai jeté dans la balise spacio-temporelle. A pleines mains, j’le jure. Quelques secondes plus tard, j’avais le nez contre le sol, des fragments de verre un peu partout sur le corps et les oreilles qui sifflent.

C’qui c’est passé, c’est qu’avec ma « sensibilité de réceptif-logo » comme ils disent, j’ai crée à partir de certains matériaux une bombe à fission contrôlée miniature. J’ai envoyé c’tte bombinette via la balise dans le bâtiment d’à côté, celui où qu’ils font des tests de voyages instantanées et qu’est relié à toutes les balises des étudiants. Dont la mienne. Et devinez quoi ? J’l'ai fait juste au moment où l’chef faisait une inspection de routine. J’l'ai toujours dit moi, la routine, ça n’apporte rien de bon. C’est donc comme ça que j’ai eu droit à trois jours de perm ‘. C’est à dire trois jours loin des homards, loin de la boue, loin des trippes qui s’balladent en dehors du bide et tout ça. Ils pouvaient pas se passer de moi, j’ai un fort potentiel qu’ils disent. Sur Terre, j’aurai eu droit à la pendaison pour ça. Hé, y’a du bon dans l’fait qu’on soit pas sur Terre, j’vous l’dis !

Alors OK c’est pas une vraie perm’ et j’troc la boue contre la merde des chiottes, mais c’est d’la merde humaine, ça fait toute la différence.

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Pour sûr qu’ça n’a pas été facile, mais finalement, j’ai réussi à m’en faire une ! Plusieurs fois en fait, j’ai vraiment assuré sur ce coup. Ca remonte vach’ment l’moral, j’vous l’dis. C’est qu’ça fait un moment que je tente, et c’était l’échec à chaque fois. Pas évident à comprendre ces choses là. Au toucher ça fait des frissons, mais le plus intense c’est quand on entre dedans, là, pure sensation, j’sais pas comment j’ai fait pour survivre sans connaître ça avant.

Faut un certain temps pour la préparer, normal, ces choses là ne viennent pas tout seul, ho ça non. Quand c’est prêt, bien monté, qu’on y va, c’est… C’est comme une vague d’énergie intense qui fait l’tour du corps, ça hérisse tous les poils un par un, et soudain, heu, soudain… J’connais pas trop d’mot pour l’dire mais c’est bien. J’crois qu’si j’ai pu l’faire, c’est grâce à ma nouvelle sensibilité. J’veux dire, j’suis pas bien malin, mais depuis qu’j’sais faire c’que j’sais faire, j’sais faire plus de trucs, v’voyez ? Alors du coup, quand j’ai monté ma première balise de téléportation, ça a fait comme une révélation pour moi.

Et la tête des copains ! Au fait, j’m'en suis fait des tous neufs, les autres sont éparpillés sur Arieki quelque part dans la boue. Eparpillés, j’veux dire, vraiment. Quand j’disais qu’le clonage marchait pas tout l’temps, j’racontais pas des salades. Les copains donc… Y pensaient tous que j’serais rien qu’un soldat, le fusil dans les bras, et basta. Déjà, quand y z’ont vu les éclairs, y z’ont moins rigolé. Et quand y z’ont vu qu’je savais bricoler des trucs pareil, là, pour sûr, y z’ont carrément changé d’regard. J’fais maintenant partie de c’qui convient d’nommer l’élite ingénieuse d’l'humanité, et ouep. Y’a qu’un mauvais côté, c’est que j’dois prendre des cours.

J’suis pas allé en cours depuis qu’j'ai plaqué les études supérieures en CM1 ou CM2 j’sais plus.

.jan
2008

TR - 05

En lien avec : Tabula Rasa

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Bin final’ment c’qu’on dit sur les gonzesses, pour sûr qu’c'est vrai. Y’a qu’les gros calibres qui comptent. Et elles préfèrent être d’ssus. Elles contrôlent. La dernière que j’ai voulu r’tourner, elle m’a mis K.O., j’me suis réveillé un quart d’heure plus tard à cause qu’les haut-parleurs y disaient qu’l'Engeance attaquait l’poste. Aujourd’hui c’est comme ça. Si tu tires pas ton coup avec une gonzesse, tu l’tires avec un homard. T’as intérêt à assurer sévère. Enfin, faut pas oublier la mission. C’était pas une partie de plaisir, c’est pour ça qu’j'ai pris mon pied, un truc monstrueux.

Déjà, les foréens y z’aiment pas la guerre. Hors nous aut’ les humains, on est balèze pour ça, c’est notre truc, la signature astrale de notre espèce, un truc dans le genre. Et pas besoin des Banes pour ça, oh ça non ! Des millénaires de guerre qu’on a vécu, et qu’on a survécu, en plus. Sérieux, on se demande comment. J’crois qu’on a survécu aux Banes pour ça : on aime faire la guerre, et si on est mort, bin on peut plus la faire. Alors on vit. Et moi, j’vis particulièrement bien, si vous voyez c’que j’veux dire. Les p’tits hommes verts des bois (c’est plus long mais c’est plus marrant que de dire foréens) z’ont pas mis longtemps à piger l’astuce, et on est plus ou moins allier maintenant. Disons que eux meurent, et que moi j’fais la guerre. C’est salaud quand on y pense, mais moi j’pense pas trop, alors ça va.

Après la rencontre avec les foréens (c’est moins marrant mais c’est plus court que de dire les p’tits hommes verts des bois), y’a eu pas mal de galère, genre un vieux passé qui ressurgit, des secrets qu’ils faut pas qu’on les dise, ce genre de trucs. J’suis pas malin mais j’suis curieux, et comme d’façon j’suis là pour ça, j’écoute les histoires. L’une d’elles m’a mené à une foutue bataille, on aurai dit ma chambre d’quand j’étais môme, en pire, c’est vous dire. Une fois qu’j'ai répandu les trippes de Banes sur tous les murs sacrés de gardiens foréens (c’est eux qu’on dit qu’il fallait qu’l'Engeance parte, maintenant elle n’est plus là, à ma façon d’accord, mais elle n’est plus là), j’ai eu une chouette surprise.

J’ai causé un peu avec un Eloh. Un genre de super-foréen, v’voyez, comme dans ce vieux dessin animé d’la Terre avec des guerriers qui fusionnent et tout le tralala. Bon là c’est pas des foréens qui fusionnent, mais ça m’a fait penser à ça. Ho je sais, vous vous dite celui-là, il perd la boule. L’Eloh m’a raconté des tas d’histoires, c’était sympa, un peu longuet parfois car il ne mettait pas l’intonation, mais ça change du petit chaperon rouge.

J’vais vous dire, dans cette putain d’guerre, perdre la raison vaut mieux que d’devenir fou.

.jan
2008

TR - 04

En lien avec : Tabula Rasa

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Vous m’croirez pas quand j’vous l’dirais, mais j’vous l’dis d’façon ça changera rien à ma caboche : je suis doué.

J’ai un don, qu’y m’ont dit. Mais là j’me suis pas marré devant l’commité. Au début j’ai carrément flippé. Imaginez ça : pour une raison pas trop bien comprise, mon esprit est capable d’intégrer des connaissances qui dépassent la capacité qu’notre science peut expliquer. C’est fort pour sûr. Y’a des drôles de machins qui m’parlent à travers des cailloux brillants, et qui augmentent mes capacités à m’servir de mon cerveau et d’mon corps. J’ai pas encore tout bien saisi à cause qu’les Banes ont attaqué l’poste pendant l’entrainement. Du coup on a dû arrêter, le temps de s’défendre, mais c’est justement là qu’j'ai eu l’flippe.

J’ai mis en pratique l’truc le plus cool que j’ai jamais vu, et c’est moi qui l’a fait, j’suis un peu fier. J’ai pu cramer un homard en le foudroyant, littéralement, et rien qu’en m’concentrant sur mes nouvelles capacités. Un éclair bleu, comme ça, qu’est sorti d’ma main. Ca coupe un peu le souffle, mais bon sent c’que c’est bon. J’imagine déjà les trucs qu’j'pourrais faire avec si j’arrive à l’faire moins fort, juste un p’tit coup d’jus. Les nana doivent bien tripper avec ça, pendant ma prochaine perm’ faudra absolument qu’je tente le truc. Le homard il a bien trippé aussi. Il est resté debout comme ça à gigotter pendant plusieurs secondes, jusqu’à c’que j’m'approche et que j’lui mette un coup de crosse sur l’museau. J’ai pété mon flingue vu le carapace du truc, mais l’commité l’a rien dit, ils étaient trop soulagés qu’presque tout seul j’ai buté tous les puants de l’Engeance.

Maintenant voilà qu’on m’envoie négocier avec les foréens, les autochtones d’là où qu’l'AFS s’installe pour taper les Banes. Faut qu’j'dise à ces hippies qu’l'AFS c’est des amis et qu’y faut être amis. Les pauv’ gars, ils doivent pas être convaincu. Déjà l’Engeance vient leur pourrir la vie, faut en plus qu’les humains se joignent à la fête. M’enfin bon, en retour y paraît qu’d'autres cailloux brillants vont m’dire des trucs. J’sens qu’ma vie va encore basculer après ça. Dire qu’y a quelques années tout le monde pensait être seul dans l’univers.

Ouais, ça, c’était juste avant qu’on s’fasse laminer par les homards de l’espace.