Archive de la catégorie ‘Plume’

.jan
2000

Plume - Les larmes de mes mains

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Ton sang ne circule plus dans ton corps. Ton souffle n’est plus qu’un souvenir. Jamais ta voix ne parviendra plus jusqu’à mes oreilles. Tes mains ne me caresseront plus le corps. Tes lèvres ne se poseront plus sur les miennes. Le rire de ton cœur n’égaiera plus les enfants du jardin. Ton parfum n’effleurera plus les sens passionnés des hommes. Ta souffrance n’est plus une torture. Les larmes de ton âme ne grifferont plus tes joues blanches. Tu ne t’assiéras plus dans ce fauteuil à roues. Les infirmières ne viendront plus me dire que tout va s’arranger. Ton enfant ne se demandera plus quand est-ce que tu reviens.

Quand est-ce que tu reviens.

Ce soir, une automobile ne t’a pas vu. Tu ne l’as pas entendu. Le conducteur est saoul. Il roule trop vite. Le feu est rouge. Il ne le voit pas. Tu traverse pour me rejoindre. Je cris. Ton corps saute et se disloque. Ton corps roule dans le caniveau. L’automobile ne s’arrête pas. Je cours. Tellement de sang. Comment peut-il y en avoir autant ? Ton visage parait paisible, je l’embrasse. Je le caresse. Je le mouille de mes larmes. Quelqu’un a dû appeler les pompiers, car une sirène au loin appelle à la vie. Je sens ton pouls. Tu vis. S.A.M.U.. Pompiers. Police. Psychologue. On me questionne. Je veux rester avec toi.

Je veux rester avec toi.

Tu ne marcheras plus. Tu ne parleras plus. Tu ne verras plus. Mes caresses, mes mots, mes baisers, mes larmes. J’attends. On me dit qu’il n’y a que ça à faire. J’attends. Allongée sur un lit blanc, tu contemples le plafond blanc, les yeux clos, les bras bien alignés le long du corps, des tentacules translucides te perforent de toutes parts, ton visage est recouvert d’un masque, des tuyaux sortent de ta bouche, de tes bras, de ton sexe, d’autres entrent dans tes narines, dans tes bras, dans ton sexe. J’attends. Je te parle, je te touche, j’emmène ton enfant pleurer avec moi sur ton visage, dans tes mains, je te lis des histoires fabuleuses, et ton enfant te rejoint dans le sommeil, mais je ne parviens pas à l’imiter. J’attends. Les yeux rouges, les lèvres sèches, les mains transpirantes, je vous regarde tous les deux. Je vous aime plus que jamais, j’espère que tu te réveilleras avec l’enfant qui dort à ton côté Mais l’enfant se réveille seul. J’attends.

J’attends.

Les médecins m’expliquent ce que je devrais faire. Ils me disent que ce ne sera pas facile. Tu as ouvert les yeux, mais tu regardes un pays qui n’existe que dans tes songes. Les médecins me disent que tu ne peux plus bouger. Que tu ne peux plus parler. Que tu ne peux plus sentir les caresses de tes deux amours. Que ces tuyaux ne te quitteront plus jamais. L’espoir de voir ton état s’améliorer est nul. Ta colonne vertébrale n’est plus qu’un amas de miettes. Tout ce qui est certain est que tu entends. On ne sait pas si tu comprends, mais tu entends. Tu n’es plus obligé de rester dans ce lit blanc. Je t’installe dans notre chambre, là où le plafond est une fresque colorée de la voûte céleste. Tes yeux sont vides, mais ils regardent les étoiles. Je t’observe, guettant le moindre mouvement. Rien. Mes yeux inondent mes mains de larmes de douleur.

Mes yeux inondent mes mains de larmes de douleur.

Je me souviens des discussions que l’ont avait lorsque, allongé l’un contre l’autre après l’amour, on parlait de l’avenir. Nos corps rassasiés, nos âmes apaisées, il ne restait que l’amour. Les soucis, disparus. Une fois tu me faisais promettre de te donner un enfant. Je m’appliquais à la tache de nombreuses fois jusqu’à ce que tu obtiennes l’enfant de notre amour. Tu aimais qu’il dorme avec nous, mais tu voulais aussi qu’il grandisse. Alors, la voix ferme mais l’âme en peine, tu lui disais qu’il ne pouvait plus venir dans notre lit. Je te consolais, tu me consolais. Nos corps entremêlés déchiraient le silence pour mieux lui rendre grâce une fois nos ébats terminés. Je me souviens de tout cela, lorsque tu grognes deux mots venus du plus profonds de ton cœur. J’ai peur car je t’ai compris.

J’ai peur car je t’ai compris.

Je parle à ton enfant. Il est encore jeune, mais comprends ce que je vais faire. Il pleure mais m’encourage. Il pleure et je pleure avec lui. Je m’approche de toi. Je te regarde. Je te touche. Je ne pleure plus. Je détache tous les tentacules qui t’abîme la peau. Je me couche à tes côtés. Je te caresse, te murmure des mots doux à l’oreille, t’embrasse. Ton esprit m’entend, et ton sexe me réclame. Prête à m’accueillir, pour une dernière fois. Des larmes coulent sur tes joues. Je bois cette liqueur qui vient de notre amour. Je me redresse, à cheval sur ton corps, et place mes mains autours de ton cou. Je n’ose pas le faire. Un sourire grave sur tes lèvres. Inondant nos corps de mes larmes, je sers mes mains, encore et encore. Tu ne bouges plus. Ton sang ne circule plus dans ton corps. Tu m’as dis “libères moi”. Je viens de le faire avec les larmes de mes mains.

Les larmes de mes mains.

.jan
2000

Plume - Nouvelle lune au printemps

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A la fin de la saison froide la femme se retourna dans son lit pour soupirer une phrase que personne ne pouvait entendre.

La femme vivait seule dans une maisonnette au bon milieu d’une clairière peuplée d’herbes folles et d’oiseaux. Elle sortait parfois cueillir la rosée, et riait lorsqu’elle surprenait un daim farouche jouer avec sa biche. Elle dansait alors, ses petits pieds menus effleurant à peine les fleurs, pour ne pas les abîmer. L’odeur des champignons frais la poussait souvent à s’aventurer dans les bois, où elle riait de plus belle lorsqu’elle faisait fuir un écureuil curieux mais peureux. Elle ne risquait rien à rester longtemps dans les bois, le lumière attendait toujours qu’elle fut rentrée chez elle avant de laisser la place à l’ombre. Mais la femme aimait également l’ombre, car elle apportait les étoiles. Bercée par le chant des gouelles, elle s’endormait quelques fois dans l’herbe, et rêvait de choses merveilleuses. Au matin, elle s’étirait longuement, souriante devant l’immensité des cieux. La rosée  l’avait contourné, pour ne pas lui donner de frisson. Les insectes faisaient le tour de son corps, pour ne pas la chatouiller. Les oiseaux chantaient plus doucement, pour ne pas la réveiller brusquement. Quand enfin elle ouvrait les yeux, elle découvrait à ses côtés un animal endormi, souvent une minuscule taupe qu’elle caressait du revers de ses douces et fines mains. La taupe lui souriait avant de partir à la chasse aux escargots. Debout, sa peau nue se réchauffait sous les rayons chaleureux de l’astre. Elle marchait lentement vers le ruisseau, le longeait  tout en cueillant quelques fruits sauvages, puis trouvait un endroit où la profondeur permettait de s’y plonger tout à fait. L’eau n’était pas froide, et elle prenait plaisir à éclabousser les rongeurs curieux qui venait la voir. Un poisson le lui rendait parfois en sautant juste devant elle, et tous ensemble, ils riaient. Caressant ses longues jambes à l’aide d’une frêle feuille, elle chantait tendrement, et la forêt faisant silence pour mieux l’écouter. Le son sortait de sa bouche pour devenir une mélodie, mais chaque fois, finissait par devenir une mélopée désolée, et le silence de la forêt devenait sourd.

A la fin de la saison froide la femme se retourna dans son lit pour soupirer une phrase que personne ne pouvait entendre.

Un murmure de la brise légère la fit se lever. Quelque chose venait de changer. Elle tendit l’oreille pour mieux écouter. Rien. Elle ouvrit prudemment la porte de sa maisonnette, regardant de droite et de gauche avant de s’engageait dans la clairière. Rien. Elle passa une main sur l’herbe fraîche que la rosée venait de nourrir. Rien. Courant vers le ruisseau, elle surprit alors un sentiment s’échapper de la forêt. Puis un bruit énorme. Un lapin venait de mourir. Ou plutôt, on venait de tuer un lapin. Un cri affolé le lui confirma. La femme venait de découvrir une sensation nouvelle, un long courant excitant qui venait de parcourir son dos. La peur. Partagée entre l’envie de se cacher et la curiosité, un second craquement douloureux la figea sur place. Elle ne bougea plus, elle sentait la sueur glisser de sa nuque vers ses fesses, ralentir sur le doux rebondit de celles-ci avant de continuer sa course le long de sa cuisse pour finir par s’écraser à côté de son pied. Finalement, la femme s’écroula au sol pour se blottir contre une grosse racine. Elle guettait de tous ses sens ce qui pouvait bien détruire si sauvagement la forêt. La réponse ne tarda pas à venir. Montée sur un animal de la taille d’un cerf, une créature en écaille, sans visage, approchait de la clairière. L’étrange créature portait une longue branche courbe, les deux extrémités reliées par une ficelle tissée. Dans son dos, un sac transportait plusieurs fines baguettes de bois dont l’extrémité qui dépassait était ornée de plumes. Deux lapins pendaient, sans vie, sur le flan de la monture. La créature descendit alors lentement de l’espèce d’animal, attacha celui-ci à un tronc avant de poser sa branche courbée sur le sol. Cela ressemblait à la femme, mais son corps était d’écaille, et sa tête n’avait pas de visage. La créature prit alors sa tête entre ses mains, et tenta de l’arracher. La femme étouffa un cri d’effroi, et ferma les yeux pour ne pas voir l’horreur incompréhensible que la créature allait commettre. Mais la curiosité était la plus forte, et elle ouvrit les yeux juste au moment où la créature finissait de se mutiler.

A la fin de la saison froide, la femme se retourna dans son lit et soupira une phrase que personne ne pouvait entendre.

Quelle surprise que de voir qu’il ne s’agissait pas d’une tête ! Peut-être comme les serpents cette créature perdait-elle ses écailles ? La peur céda définitivement la place à la curiosité. Les mains subirent le même sort que la tête. Suivirent toutes les autres parties du corps. Mais la créature semblait couverte d’une double peau. La première flottait par-dessus la seconde, et la femme reconnue alors une ressemblance avec sa propre peau. Elle se demandait si la créature pouvait parler. Les questions prenaient d’assaut les pensées de la femme, si bien qu’elle ne vit pas la créature s’enlever la deuxième couche de peau avant de se plonger dans le ruisseau, à l’endroit où la femme en avait l’habitude. Quand elle fut calmer, elle décida qu’elle devait étudier la créature avant de se montrer, et qu’il faudrait pour cela que la créature s’endorme. La femme fit un détour pour arriver derrière la créature. A l’aide d’une solide branche, elle frappa la seule partie qui dépassait de l’eau, la tête. Elle hissa alors le corps musclé hors de l’eau, et écarquilla grands les yeux. Tant de ressemblance avec elle ! Ce visage tout d’abord. Bien qu’ayant la peau noire et les traits différents, il était tellement proche du sien ! Elle le caressa, et constata qu’il était presque aussi doux que son propre visage. Puis elle observa le reste du corps endormi. Le torse était plat, il n’avait pas de seins comme celui de la femme, mais en caressant ceux de la créature, elle constata que le bout des seins durcirent. Elle eut un frisson en voyant le bas du ventre de la créature. Elle pensait aux autres animaux de la forêt, et ferma les yeux pour mieux les voir. Une image de singe lui vint à l’esprit. Elle trouvait déjà qu’elle ressemblait à ces drôles d’animaux, mais cette créature qui soupirait sous ses caresses s’en rapprochait encore plus. Mais ce n’était pas un singe, ça non. Et une pensée traversa son esprit. Elle fit un bond en arrière, tomba dans l’eau et y resta un moment. Et si cette créature était le mâle de la femme, comme le daim pour la biche ? S’approchant doucement, elle toucha du bout des doigts le sexe de la créature. Il frémit. La femme toucha les jambes, les pieds, remonta vers le sexe, le contourna, posa ses deux mains sur le large torse. Elle approcha son visage de celui de la créature, posa ses lèvres sur son front, ses paupières closes, avant de goûter la chaire de sa bouche. Elle entreprit alors d’emmener la créature avec elle dans la clairière, pour qu’elle dorme tranquillement et son réveil soit agréable.

A la fin de la saison froide la femme soupira une phrase que personne ne pouvait entendre.

Grelottant, la créature s’enroula dans une couverture avant de sombrer de nouveau dans un sommeil profond. La femme, veillant à ses côtés, lui teint la main, et sentit de nouveau un doux frisson descendre de son échine pour venir caresser la fermeté de ses fesses. Elle posa une autre couverture par-dessus la créature, mais constatant que cela ne suffisait pas, elle vint se glisser sous les couvertures pour donner un peu de chaleur au blessé. Mais qui es-tu donc ? D’où viens-tu ? Es-tu mon daim ? Les questions venaient frapper son esprit avec violence, mais sortaient par sa bouche comme une pluie de pollen dansant dans le vent. Un grain de pollen parvint aux oreilles de la créature, qui se réveilla enfin. Elle bougonna quelque chose que la femme ne comprit pas. Comme pour se faire comprendre, la créature montra une tasse d’eau posée sur la table. De l’eau ? Tu as soif ? Bien sûr, tu dois avoir soif ! Tiens, doucement, là… La créature n’avait pas l’air de comprendre quoi que ce soit, mais elle but. Puis, embrassant les environs d’un regard, la créature ferma vivement les yeux en voyant la femme, et mit une main tendue entre elle et la femme, suppliant quelque chose avec des mots inconnus. La femme s’écarta alors rapidement du lit, pensant qu’elle avait effrayé la créature. Elle se cacha tout le corps et la tête en s’enroula dans une vielle peau d’écorce. La créature osa un rapide coup d’oeil et ne pu s’empêcher de rire aux éclats. Cela au moins, la femme le comprenait. Elle rit à son tour, sans savoir pourquoi, mais elle en avait envie. L’écorce tomba à terre, et la créature détourna le regard, s’aidant de son bras posé en travers de son visage. As-tu peur de moi ? Suis-je tellement laide que tu ne peux me voir ? Je te regarde moi ! Tu ne me fais plus peur. Comment comprendras-tu cela ? La créature tenta de dire quelque chose, mais la femme ne put comprendre le moindre sens. La femme s’approcha doucement de la créature, posa une main sur son épaule, et força doucement la créature à se retourner. Puis la femme guida la main de la créature vers son visage. Vois-tu ? Je ne te veux aucun mal ! Touche-moi, ma peau est comme la tienne, sinon qu’elle est blanche. Et la créature la regarda, se laissant guida par la femme qui tenait toujours sa main dans la senne, tout contre son corps tiède.

A la fin de la saison froide la femme soupira une phrase que personne ne pouvait entendre.

Le sexe de l’homme noir était dressé sous les couvertures, mais son esprit se refusait à l’admettre. Mais cette femme, tellement belle ! Et tellement nue ! Elle ne semblait pas s’en déranger. Vivait-elle seule ici ? Au milieu des bêtes sauvages ? Impossible. Pourtant… Si seulement elle comprenait ce que je lui disais. Je dois avant tout libérer mon esprit, mes désirs sont impurs ! La femme guida alors la main de l’homme plus bas sur son visage, sur son cou, sur ses seins. Une étrange excitation l’envahie, venant du bas de son ventre, et la main de l’homme sentit se durcir le mamelon de la femme. Elle vit le sexe noir tendu, dur, et sourit. Elle était certaine maintenant qu’il était son daim. L’homme ne pouvait plus résister, trop belle, la femme nue devant lui semblait vouloir… Non ! Il cria presque ce mot, mais ne bougea pas. Il saisit alors la femme entre ses bras solides, et embrassa les seins offerts, comme on déguste une poire sucrée. Non ! Non ! Non ! se répétait-il en lui-même. Mais son sexe déjà était en elle. Lentement, il la déposa sur le bord du lit, de longs mouvements des reins emportant les deux être dans un monde qu’elle ne connaissait pas. Il l’embrassait, la caressait, s’étonnait de la voir si belle, sourire toujours, jusqu’au moment où elle lui griffa le dos dans un doux gémissement de plaisir. N’y tenant plus, il céda, et ensemble ils connurent un instant de bonheur. Soudain conscient de ce qu’il venait de faire, l’homme noir jeta la femme blanche sur le lit avant de sortir précipitamment. Elle ne comprenait pas la réaction de la créature. Elle entendit alors un grand cri de souffrance, puissant et pourtant tellement bref. A l’extérieur, un homme noir venait de verser son sang et une femme blanche pleurait sur son corps.

A la fin de la saison froide la femme soupira une phrase que personne ne pouvait entendre.

.jan
2000

Plume - La division d’une

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Par l’imagination,    mettre fin à la guerre ;
Et par la création,    rendre la vie aux mères ;
Pour qu’ainsi,       les enfants,
Par la vie,       deviennent grands.
La paix,       l’harmonie.

Par l’imagination      Mettre fin à la guerre.
Et par la création…      Rendre la vie aux mères.
Pour qu’ainsi,         Les enfants
Par la vie :         Deviennent grands :
La paix.         L’harmonie.

.jan
2000

Plume - Pas d’ami sans mie

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C’est l’histoire d’un Mec qui avait vraiment faim.
Son histoire est triste, bien qu’il ait eu du pain :
Tandis qu’heureux il allait enfin s’attabler,
Un Type pour lui parler s’assit à ses côtés
La discussion prit bon train et finalement
Le Mec prit sa mie et l’offrit d’un mouvement.

Le Type juste avant de partir lui dit merci,
Et notre Mec se retrouve sans ami, sans mie.

.jan
2000

Plume - Viviane et Morgane

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   « De vous deux, je n’ai jamais su choisir, j’étais l’esclave du temps. Toi, Viviane, tu m’as forcé, obligé de rester là, même lorsque je ne le désirais plus. Tu m’as toujours découragé à aller voir ta sœur Morgane, tu savais que sa beauté me ferait te quitter, et, égoïste, tu n’as jamais accepté son existence. Aujourd’hui enfin, j’ai le courage de me joindre à Morgane, à son corps parfait que rien ne se permet de déformer. Je ne conçois pouvoir regretter ses caresses, et d’y penser me fait languir. Pars ! Lâches moi donc et laisses moi découvrir cette Morgane dont tout le monde parle tant mais que personne n’a jamais vu. Elle est belle, je le sens, je le sais. Laisses moi, j’ai choisi Morgane, et je te laisse, Viviane, avec tes peines et tes chagrins. Adieu, maîtresse du désespoir. »
« N’as-tu donc rien compris mon amour ? Moi qui t’ai élevé, qui ai pris soin te ton corps et de ton âme, qui t’ai nourri de fruits et de connaissances, qui t’envoie l’air que tu respires, tu me quittes donc pour cette sœur que moi seule connais ? Je ne puis m’opposer à ta volonté, mais saches qu’une fois avec Morgane, jamais plus je ne pourrais te revoir, tu plonges dans une eau sèche, un liquide qui s’est déjà évaporé. Tes peines et tes chagrins sont-ils si grands que ma lumière te fasse souffrir, as-tu vu tant d’horreurs que tes yeux ne supportent plus ma vu. Que ta volonté soit telle que tu le désir, mais je te regretterai pour l’éternité. Adieu, homme de la Terre. Je ne te reverrai plus. Je t’aimais pourtant. Vas, maintenant. »
« Oui, viens me voir petit homme, goûtes ma chair et ne me quittes plus. Je prendrais soin te ta conscience, sois confiant. Tu ne manqueras de rien, je ne suis pas comme ma sœur. Viviane n’est que rareté, désespoir, famine et douleur. Je suis l’Abondance. Viens, mes bras ne te quitteront plus. Allons, approches, plus près. Oui, c’est bien… »

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