Il est encore tôt lorsque j’arrive à la cantina, mais déjà l’odeur fétide des sueurs annonce une soirée grouillante et bruyante. Quelques danseurs en transe, ou plus vraisemblablement sous l’effet d’une épice, répètent des gestes automatiques sans se soucier de bousculer les clients. Dans un coin, un musicien ajoute à la confusion sonore en s’opposant à un autre groupe installé près du bar. Une meute de soldats entre au même moment par la grande porte, et s’approche du musicien isolé. Celui-ci ne s’arrête pas de tripoter son instrument, et satisfait son auditoire. Lâchant quelques crédits, la meute se retourne sans un mot et disparaît comme elle est venue. Tout semble normal. Je sers le poing sur la poignée de ma mallette. Je dois participer à cette mascarade pour mener à bien mon projet. Mes fonds s’épuisent, je dois me vendre. Ce que je fais en m’installant à mon tour dans l’un des recoins de la cantina. Au passage, j’invite mon “estimé collègue” à changer de lieu s’il ne veut pas se retrouver en mauvaise posture. J’argumente en lui présentant discrètement le blaster que je cache sous mon xantha, et le gêneur décampe rapidement. Outre les drogués de service, je suis le seul artiste en mesure de répondre à la demande du public, de plus en plus nombreux à mesure que le jour se retire. En échange de quelques notes, la plupart des “clients” payent un prix libre, parfois dérisoire, parfois étonnement élevé. C’est le seul revenu des artistes, qui sont les seuls à savoir convenablement préparer le moral des troupes. Beaucoup de soldats viennent en effet dans la cantina, pour laver les horreurs de leur esprit torturé. Certains y dépensent toute leur paye, là où d’autres remercient à peine l’artiste d’un mouvement de tête. Ces derniers sont rapidement catalogués, et bien souvent ils finissent par regretter les radineries passées. Quoi qu’il en soit, je joue ainsi plusieurs heures, assez pour satisfaire ma bourse pour jours à venir. Entre temps, une danseuse se joint à moi. Qu’importe, elle attire les clients, et comme elle débute, j’empoche le plus gros des gains. Peu avant l’aube, je me retire. J’ai d’autres tâches à accomplir.
Le grand air, la solitude, la fraicheur, font le plus grand bien suite à ces nuits passées en cantina. Je parcours les horizons en quête d’animaux sauvages. Ou plutôt, en quête d’A.D.N.. Il s’agit de trouver des spécimens isolés, de les approchés assez pour les endormir, puis de faire un prélèvement à l’aide de mon matériel. J’ai appris à mes dépends qu’il vaut mieux avoir un blaster à portée de main : certains créatures résistent très bien aux soporifiques, et n’hésitent pas à attaquer en retour. Deux possibilités alors : en faire un steak, ou fuir. Le speeder BARC trouve ici tout son intérêt… Le moment où la nuit cède la place au jour est propice à cette activité, la plupart des animaux étant sortis de leurs tanières mais encore engourdis. Une fois la récolte satisfaisante, direction mon laboratoire. Au passage, je prospecte un peu les sols pour récupérer quelques enzymes végétales dont j’ai également besoin dans mon oeuvre. Je me suis lié à un groupe installé sur Naboo, qui se fait appeler Technomancia. En échange de mes services de biotechnicien, ils me laissent aller à mes occupations, et offrent indirectement une certaine sécurité. C’est aux portes de leur ville clandestine que j’ai fait construire une maison anodine, qui abrite mes dossiers, mes recherches, mes ressources, et… mes cuves. Tout est en place. Tout est calculé. Je lance les processus semi-automatisés tandis que la matinée est bien avancée. D’ici quelques jours, mes premières créatures verront le jour. Je m’endors sans difficulté, et ne rêve pas. Les rêves, c’est pour ceux qui espèrent. Je ne fais que vivre.

C’est pas tout ça, mais je pisse encore le sang. Les coups de feu se font plus rares, l’un des deux camps a perdu. Je croise les doigts pour que ce ne soit pas le mien. Je rampe un peu pour avoir une ligne de vue dégagée. Un type avec une combinaison noire semble être en piteux état, un peu comme moi en fait. Un autre type que je reconnais comme étant l’un des garde de la vieille gare le suit en ricanant, couteau au poing. Il ne va pas gaspiller de munition, cette fois. Quand il a terminé sa besogne, je me dresse à genoux et j’appelle. Et je me rejette au sol. L’abruti, il me met en joue ! Il tir sans sommation en plus, quel crétin. J’attends un rire gras au loin, et un objet lourd qui tombe juste derrière moi. Un sanglier mort. Mon sanglier.
