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C’était un joli feu d’artifice.

Y’a pas beaucoup de distraction depuis qu’on est tous là à s’faire ouvrir l’bide par l’Engeance. Il arrive qu’les chefs, ceux qui restent derrière un bureau à hurler des ordres à des pauv’ types qui crèvent dans la boue, pour entretenir le moral des troupes, distribuent d’quoi festoyer. Nous, on prend, ça permet d’picoler un peu à l’oeil, d’matter les donzelles et d’penser à autre chose qu’à la mort pendant un p’tit moment. Y’a une ancienne expression qui dit qu’il faut profiter du poisson du jour présent, un truc comme ça. Moi j’aime pas les fruits d’la mer depuis qu’j'ai rencontré les homards de l’espace, mais j’aime bien le jour présent, y’a du steak. C’est d’la viande de phacochère local, ça s’laisse manger. C’qu’est bien avec le steak, c’est l’barbecue. Ca fait ne grosse fumée qui sent la graisse, et ça attirer tous les charognards des environs. Habituellement ils ne s’approchent pas trop des champs de force, mais qui peut résister à un steak… Du coup, c’est doublement la fête. On s’met sur les remparts d’surveillance, l’fusil à l’épaule, et y’a des rabatteurs qui s’chargent de faire partir la fumée vers là où qu’on est. L’gibier tarde pas à arriver.

Maitre chasseur, sur un rempart perché,
Tenait en son gant un bon steak.
Maitre gibier, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
“Grrr !”.
Maitre chasseur, d’un signe codifié,
Donna le signal aux autres mecs.
Le gibier surpris fut sous les filets.
Un seul cri retentit, “Poutrage !”.

C’est là qu’ça a dégénéré. Y’a eu un gros flash dans l’ciel quand j’ai aligné l’gibier, et Pola s’est enraillée. L’champs d’force venait tout juste d’arrêter de grésiller, ce qui n’est jamais une bonne chose. Rien à faire, on venait de se prendre une attaque IEM, et tout l’éléctronique était hors service pour plusieurs minutes. Du haut de mon perchoir, j’étais bien placé pour voir arriver les vaisseaux noirs et rouges. Ils ont débarqué en pleine fête, ça m’a carrément foutu les nerfs. Personne n’était préparé, la plupart des soldats n’étant même pas armurés, ni armés. D’là haut, j’ai vite compris qu’on était mort. J’ai sauté sur l’toit d’la cantine, manquant d’me péter les os, et j’me suis planqué derrière un grand panneau en acier. Fallait que Pola se réveille, et les micromecas réagissent aux impulsions qu’je donnais, sans quoi ça allait mal finir. J’suis resté planqué un moment, et j’pensais à ces idiots en bas qui écoutaient les ordres du gros chef. Défendez la base, résistez, gniagnia… J’rémuse ça par “mourrez”. J’suis resté planqué assez longtemps pour entendre gueuler les potes en bas, entendre les tripes qui tombent dans les flaques se sang, les os se briser sous les poings des Khaels, les chairs se déchirer sous les crocs des hurleurs. Puis ce fût le silence. Pas un seul soldat survivant. Silence. Deux secondes, pas plus. Pola venait tout juste de se réveiller, et les micromecas vibraient sous mes impulsions.

J’suis sorti d’mon trou et j’ai fait mon boulot. C’était un joli feu d’artificier.

Cet article a été publié le Jeudi 26 juin 2008 à 20:13 et est classé dans Aventures Pixels, Tabula Rasa. Vous pouvez suivre les commentaires sur cet article en vous abonnant au flux RSS 2.0 des commentaires. Les commentaires sont fermés mais vous pouvez faire un trackback depuis votre propre site.

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